BONJOUR
Après le passage du Viaduc de Millau, nous nous dirigeons vers la mer Méditerranée. Notre point de chute sera Argelès-sur-Mer. Nous avons fait une réservation d’une "villa" à l’architecture catalane au Domaine des Albères, massif montagneux contrefort des Pyrénées.
Je n’ai pas fait beaucoup de photos de cette ville mais je peux vous montrer ma fille profitant de la piscine ou faisant trempette pour un fish-massage. Je me dis qu’elle n’est pas du tout comme moi, elle, elle aime l’eau.
Nous nous retrouvons aux portes de l’Espagne, ce pays qui a vu naître ma mère dans la province de Guadalajarra (près de Madrid), mon père en Aragon (Nord-Est de l’Espagne).
Je suis une fille de la « retirada », la retraite ou l’exode des espagnols qui fuyaient le fascisme à la fin d’une guerre civile de près de 3 ans.
Ma mère était une jeune fille de 20 ans, orpheline depuis l’âge de 2 ans, elle a « échoué » comme des centaines de milliers de ses compatriotes sur cette plage d’Argelès-sur-Mer.
Les autorités françaises avaient « prévu » leur accueil sur cette plage en la délimitant par des fils de fer barbelés, la mer représentant un côté « naturel », le tout sous surveillance policière armée très importante, même des tirailleurs sénégalais.
Ils ont été parqués dans ce camp de concentration à partir du mois de février 1939, un hiver qui fut particulièrement rigoureux.
Ils étaient « logés » à même le sable si froid, rien n’avait été prévu pour l’hygiène, les soins médicaux…C’était inhumain au possible, il y eut beaucoup de morts, surtout des enfants.
Franco avait fait alliance avec Hitler et Mussolini, les appels des républicains espagnols ne furent pas entendus pas la France et la Grande-Bretagne. Pourtant, c’était bien là le signal d’une grande guerre qui devint mondiale et la création de camps d’extermination en masse.
Maman n’a jamais voulu revoir ces lieux, c’était un épisode trop douloureux de sa vie. Depuis longtemps je voulais les voir et c’est avec une vive émotion que j’ai visité le Musée Mémorial à la Jonquera. Suivons la guide, c'est par là.
Parmi les photos et les reportages filmés de l’époque, je recherchais les visages de mes parents.
Ils ne se sont rencontrés que 8 ans plus tard sur cette terre de l’exil, l’exil est le plus souvent forcé pour la plupart des peuples, il n’est jamais fait avec plaisir. Mes parents l’ont adopté de force puisque le Général Franco a dirigé de façon atroce l’Espagne jusqu’en 1975, papa étant décédé 10 ans auparavant.
Papa n’a jamais pu revoir sa « mère-patrie », il savait très bien que s’il remettait les pieds en Espagne, il risquait de se retrouver en prison, torturé ou assassiné.
J’ai vécu, petite, les sarcasmes des camarades de classe, comme quoi je mangeais le pain des français, ce que je ne comprenais pas à l’époque. Aussi, ne soyez pas étonnés qu’aujourd’hui encore je sois une indignée, je ne supporte pas les relents racistes extrémistes. Certains PPS en véhiculent TROP, et TROP c’est TROP, hélas bien souvent sous couvert de religion, en totale contradiction avec leurs paroles de « bienveillance ».
ATTENTION car les fascistes de ces guerres ont été bénis par le Pape.
Sachons rester un pays digne, indulgent et accueillant.
Pour tous ceux qui ont aimé Jean Ferrat, n’oubliez jamais les paroles de sa chanson « Nuit et brouillard »
« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés…
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel,
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux. »
Ne pas vivre sous le joug d’une dictature
Etre les acteurs du combat pour la liberté.
Voilà ce qu’ils furent
Voilà tout ce qu’ils voulaient.
Cela me morfond de voir ce que les autorités françaises demandent actuellement à une jeune maman résidant sur le territoire français depuis 10 ans, élevant dignement 4 jeunes enfants, avec un mari qui bosse dur comme ouvrier à la voirie, d’avoir le niveau de la classe de 3ème pour obtenir la nationalité française !!! Mes parents l’ont demandée et obtenue, surtout pour nous leurs enfants, heureusement qu’à cette époque on ne leur demandait pas d’avoir acquis ce niveau ! Cette amie a fui son pays en guerre depuis de nombreuses années, elle sait qu’elle n’y retournera pas, les talibans sont des tyrans et les femmes qui s’exilent ne veulent pas être enfermées dans des cages. Rendez-vous compte qu’il est déjà bien difficile pour un enfant « de souche » d’acquérir ce niveau, on s’aperçoit que tout est fait pour les en empêcher, alors ils ne leur restent plus que demander tous les 10 ans le renouvellement d’une carte de séjour. Imaginez-vous ce que cela peut représenter d’être « en séjour » dans un pays où vous avez fondé votre famille, vous venez même d’y faire construire une maison et où 3 enfants sont scolarisés dans une école privée catholique (alors qu’ eux-mêmes, les parents, pratiquent très discrètement, une autre religion, religion qu’ils n’imposent pas à leurs enfants et n’imposent d’ailleurs à personne autour d’eux). J’estime, par ailleurs, qu’il est tout à fait normal que l’on accorde un minimum vital aux personnes âgées qui ont fui ainsi leur pays d’origine, ce sont des êtres humains tout de même.
Je vous rends la plage d'Argelès-sur-Mer telle qu'elle est maintenant.
Nous sommes tous sur cette terre pour une durée déterminée, faisons en sorte de la partager dans la fraternité, l’honnêteté, la loyauté, l’égalité et la solidarité. Ne galvaudons pas tous ces mots et vivons ensemble en une belle Humanité, dans le respect des différences, avec davantage de tolérance. Tous les éxilés n'échouent pas seulement en France.
Je dédie ce billet à mes parents qui ont fait preuve de beaucoup de ces mots, je les remercie de tout ce qu'ils ont fait pour que je sois celle que je suis, fière de mes racines, fière de ce sang espagnol qui coule dans mes veines, fière de partager cette terre-patrie avec des gens qui ne soient pas fascistes ou intégristes.

















